Démographie – ⚡⚡⚡ Arc-ethic

Démographie

L’objet du film n’est pas le pic pétrolier ou de l’énergie en soi, mais plutôt un éveil de conscience de ce qu’est la croissance économique exponentielle.

«There’s No Tomorrow » traite de l’épuisement des ressources, de l’énergie en général, de la croissance économique et de l’effondrement qui se profile s’il n’y a pas un changement de système. Il expose les dilemmes énergétiques qui se posent dans le monde du 21ème siècle.

Sont abordés ici : La déplétion des combustibles fossiles et des autres ressources non renouvelables, la destruction de l’environnement et de la biodiversité, le problème de la surpopulation et de la nourriture, etc.

Le texte narratif du film d’animation «Sans lendemain» qui suit cette introduction est la transcription fidèle de la présentation orale du film de madame Lamarche.

«Sans Lendemain» ou «There’s no tomorrow» a été réalisé par Dermot O’ Connor et produit par Incubate Pictures en association avec le Post Carbon Institute, en 2012.

Film d’animation «Sans lendemain»

réalisé par Dermot O’ Connor

 

I. LES ÉNERGIES FOSSILES

Il y a plus de 90 millions d’années la Terre était à la période géologique du crétacé supérieur. Une époque de réchauffement extrême où les dinosaures régnaient encore sur la planète. Ils vaquaient à leurs occupations tout en haut de la chaîne alimentaire, inconscients des changements à l’œuvre.

Les continents s’éloignaient les uns des autres ouvrant d’énormes fissures qui se remplirent pour former des océans. Les algues prospéraient sous la chaleur extrême empoisonnant le milieu marin.

Elles moururent par milliards et tombèrent au fond des failles. Les sédiments emportés par les rivières recouvrirent les résidus organiques des algues. Avec la pression, la chaleur augmenta entraînant une réaction chimique transformant ces déchets organiques en combustibles fossiles, les hydrocarbures, le pétrole et le gaz naturel. Sur la terre ferme un processus similaire produisit le charbon.

La nature a mis environ 5 millions d’années pour créer les combustibles fossiles consommés en un an. Notre mode de vie moderne dépend de cette ressource fossile qu’un nombre surprenant de personnes imaginent inépuisables.

Depuis 1860, plus de deux mille milliards de barils de pétrole ont été découverts. Depuis, nous en avons consommé environ la moitié.

Avant d’extraire le pétrole, il faut le découvrir. Au départ, c’était facile et peu coûteux à extraire. Découvert en 1900, Spindletop fut le premier grand champ pétrolier aux États-Unis.

Beaucoup d’autres suivirent; les géologues parcoururent les États-Unis et découvrirent d’énormes quantités de pétrole et de charbon.

Les États-Unis extrayaient plus de pétrole que tout autre pays leur permettant de devenir une superpuissance industrielle. Une fois qu’un puits de pétrole commence à produire, son déclin commence; c’est inéluctable.

Chaque puits individuel a un début de production propre. La production cumulée d’un grand nombre de puits prend la forme d’une courbe en cloche. En général, un pays producteur atteint son pic de production 40 ans après son pic de découverte; il entre ensuite dans une phase de déclin définitif.

Dans les années 1950, Marion King Hubbert, un géophysicien employé de Shell, prédit que la production pétrolière des états-unienne atteindrait un maximum en 1990, soit 40 ans après le pic de découverte. Peu de gens l’ont cru.

Cependant en 1970, la production atteignit son pic pour ensuite décroître constamment. Hubbert avait vu juste. À partir de ce moment les États-Unis ont été de plus en plus dépendants de l’importation de pétrole; cela les a rendus vulnérables aux ruptures d’approvisionnement et a contribué aux crises économiques résultant de chocs pétroliers de 1973, de 1979.

1930 est l’année du pic des découvertes aux États-Unis; ensuite, malgré les avancées technologiques, les découvertes se raréfièrent cruellement, Le champ découvert récemment dans la réserve de l’ANWR- Arctic National Wildlife Refuge – en Alaska avec ses 10,4 milliards de barils de pétrole (estimation) ne fournirait au mieux que 17 mois de consommation; même le champ Jack-2 dans le golfe du Mexique avec ses 10,4 milliards de barils de pétrole ne fournirait que quelques mois de la demande des États-Unis. Aucun de ces gros gisements ne peut satisfaire les besoins des États-Unis. Il devient évident que la production a atteint son pic ou en est tout près.

Au niveau mondial, les découvertes atteignirent un pic dans les années 1960. Plus de 40 ans plus tard, la chute des découvertes de nouveaux champs semble inexorable.

54 des 65 pays grands producteurs ont déjà atteint leur pic de production; la plupart des autres vont suivre dans un avenir proche.

Tous les trois ans il faudrait mettre en production l’équivalent d’une nouvelle Arabie Saoudite pour pallier l’épuisement des champs existants.

Durant les années 1960, six barils de pétrole étaient découverts pour chaque baril consommé. Quatre décennies plus tard, l’Humanité consomme entre 3 et 6 barils pour chaque baril découvert.

À partir du moment du pic de production mondial, la demande de pétrole dépassera l’offre; le prix de l’essence sera très instable, ce qui aura des conséquences bien plus importantes que le coût d’un plein d’essence.

Les villes modernes sont dépendantes du carbone fossile; même les routes sont faites d’asphalte, un produit pétrolier, tout comme le toit des maisons.

De vastes espaces seraient inhabitables sans chauffage durant l’hiver, sans climatisation durant l’été.

L’étalement urbain nécessite la voiture pour se rendre au travail, à l’école, au magasin. Les villes sont divisées en zones résidentielles, commerciales éloignées les unes des autres forçant les habitants à se déplacer en voiture.

La banlieue et de nombreux habitats ont été conçus sur base du pétrole et de l’énergie abondante.

Les produits chimiques issus du pétrole, ou composés pétrochimiques, sont la base d’un nombre incalculable de produits.

L’agriculture moderne est très dépendante des combustibles fossiles, tout comme les hôpitaux, l’aviation, les systèmes de distribution d’eau, et l’armée des États-Unis utilise à elle seule utilise 140 millions de barils par an.

Sans pétrole, il n’y aurait ni plastique, ni polymères indispensables pour fabriquer les ordinateurs, les appareils électroniques de divertissement et les vêtements.

L’économie mondiale actuelle repose sur une croissance infinie exigeant toujours plus d’énergie à bas prix. Nous sommes si dépendants des combustibles fossiles que même une petite interruption dans l’approvisionnement peut avoir de grandes conséquences sur notre vie.

 

 

II. L’ÉNERGIE

L’énergie est ce qui permet d’effectuer un travail. L’étatsunien moyen dispose de l’équivalent énergétique de 150 esclaves travaillant 24 heures sur 24.

Les matières qui contiennent cette énergie sont appelées «carburants». Certains carburants contiennent plus d’énergie que d’autres, une propriété appelée «densité d’énergie».

Parmi ces carburants, le pétrole est crucial, à ces jours encore. Le monde consomme trente milliards de barils par an, soit 4 km³ de pétrole dont le contenu énergétique correspond à ce que généreraient 150 réacteurs nucléaires de un Giga Watt électrique (GWe) fonctionnant pendant 50 ans.

Le pétrole ne génère que 1,6% de l’électricité aux États-Unis, mais il fournit 96% de l’énergie de tout le transport.

En 2008, les 2/3 du pétrole étatsunien étaient importés, principalement du Canada, du Mexique, d’Arabie Saoudite, du Venezuela, du Nigéria, d’Irak et d’Angola.

Le pétrole a des propriétés uniques : forte densité d’énergie (un baril de pétrole contient l’équivalent énergétique d’environ trois années d’un travail manuel). Il est liquide à température ambiante, facile à transporter, utilisable dans des petits moteurs.

Pour obtenir de l’énergie, il faut en dépenser. L’astuce, c’est d’en dépenser le moins possible pour en trouver et l’extraire. C’est le taux de retour énergétique sur l’énergie investie oui EROEI – Energy Returned On Energy Invested ou TRE – Taux de Retour Énergétique en français.

Le pétrole conventionnel est un bon exemple.

Le pétrole de bonne qualité et facile à extraire a été pompé en premier.

Le pétrolier utilisait l’équivalent énergétique d’un baril de pétrole pour en trouver et en extraire cent.

L’EROEI était de 100. Après avoir pompé le pétrole facile d’accès, on a commencé à prospecter en haute mer et dans les pays lointains; ce qui requiert des dépenses en énergie plus importantes. Souvent le pétrole brut découvert aujourd’hui est lourd, sulfureux et coûteux à raffiner. Aujourd’hui, l’EROEI du brut n’est que de 10.

Utiliser une quantité d’énergie pour obtenir un combustible qui en compte moins est sans intérêt.

On peut convertir une source d’énergie en une autre. En procédant ainsi on perd une part de l’énergie contenue dans l’énergie initiale. Par exemple, les pétroles non conventionnels, les sables bitumineux, le pétrole de schiste. On trouve principalement les sables bitumineux au Canada. Les deux-tiers des schistes du monde sont aux États-Unis.

Ces deux types de carburant peuvent être transformés en pétrole de synthèse. Toutefois, ce procédé requiert beaucoup de chaleur et d’eau douce, réduisant l’EROEI qui varie de cinq à aussi peu qu’un et demi.

Le pétrole de schiste est un carburant très pauvre qui, à point égal, contient environ un tiers de l’énergie des céréales d’un petit-déjeuner.

Le charbon est abondant et génère presque la moitié de l’électricité de la planète. Nous brûlons huit km 3 de charbon par an. Toutefois, la production mondiale pourrait atteindre un pic avant 2040.

Dire que les États-Unis dispose d’un siècle de charbon est fallacieux car c’est ignorer la hausse de la demande et la baisse de la qualité. L’essentiel de l’anthracite, le meilleur des charbons, a disparu. Reste le charbon de moindre qualité, moins dense énergétiquement.

Il n’y a plus de charbon en surface, d’où une production difficile; les mineurs doivent creuser plus profond et dans des endroits moins accessibles.

Ils détruisent aussi le sommet des montagnes pour atteindre le charbon provoquant un désastre environnemental.

On trouve souvent du gaz naturel près du pétrole et du charbon. Les découvertes de gaz états-unien ont atteint un pic dans les années 50. Et le pic de production a eu lieu au début des années 70. Si on avance de 23 ans la courbe des découvertes, l’avenir de la production de gaz naturel conventionnel états-unien apparaît clairement.

Des techniques nouvelles ont permis l’extraction de gaz non conventionnel comme le gaz de schiste, ce qui pourrait postposer le pic de production.

Le gaz non conventionnel est mis en cause pour son exploitation très polluante, son EROEI est insuffisant et son prix de production est trop élevé. Même avec le gaz non conventionnel, le pic de production mondiale de gaz devrait avoir lieu avant 2030.

Il y a encore des réserves importantes d’uranium pour le nucléaire; remplacer les Térawatts actuellement générés par les énergies fossiles nécessiterait plus de dix mille réacteurs nucléaires.

Dans ce cas, les réserves d’uranium connues ne dureraient que de 10 à 20 ans. Les réacteurs surgénérateurs à base de plutonium en France et au Japon ont été des échecs retentissants. La fusion nucléaire bute sur des obstacles techniques colossaux.

Puis, il y a les énergies renouvelables.

L’éolien a un bon EROEI, mais il est très intermittent.

L’hydro-électricité est fiable, mais il ne reste plus guère de sites propices pour construire des barrages.

Les centrales géothermiques courantes utilisent des sources de chaleur proches de la surface terrestre. Ces sources sont relativement éparses.

Dans le système expérimental de géothermie EGS (système de géothermie stimulée), deux puits sont creusés à très grande profondeur. De l’eau est injectée dans un des puits, capture la chaleur de la roche et remonte ensuite par l’autre puits à haute température. Selon un rapport récent du MIT, cette technique pourrait fournir 10% de l’énergie étatsunienne en 2050.

L’énergie des vagues est restreinte aux régions côtières. La densité des vagues est variable d’une région à l’autre. Transporter l’énergie produite par les vagues n’est pas simple. De plus, l’eau salée est corrosive pour les turbines.

Les agro-carburants sont produits à partir de végétaux. Le bois a une faible densité énergétique et pousse lentement. L’humanité dépense 15 km 3 de bois par an.

Le biodiésel et l’éthanol proviennent d’agriculture dépendante du pétrole. L’EROEI de ces carburants est proche de l’unité. Certains politiciens veulent convertir du maïs en éthanol. Fournir de la sorte le 1/10 des besoins aux États-Unis demanderait 3% de la surface du pays. Produire ainsi toute l’essence étatsunienne en 2020 nécessiterait que 1/3 du territoire y soit consacré alors que la surface agricole actuelle n’occupe que 19% du sol.

L’hydrogène doit être extrait du gaz naturel, du charbon, ou de l’eau. Ce qui demande plus d’énergie que ce qu’on en obtient de l’hydrogène. Une économie basée sur l’hydrogène est donc improbable.

Les panneaux solaires de la Terre entière produisent de l’électricité comme deux centrales au charbon. L’équivalent d’environ 2,5 tonnes de charbon est nécessaire pour fabriquer un seul panneau solaire. Une superficie de 360 mille km 2 de panneaux solaires serait nécessaire pour couvrir la demande mondiale actuelle. En 2007, il y avait environ 10 km 2 de panneaux.

Les centrales solaires thermiques ont un gros potentiel quoiqu’ à l’heure actuelle il y en ait peu en service. Elles ne conviennent qu’aux régions ensoleillées et nécessitent que de grandes quantités d’électricité soient transportées sur de longues distances.

Toutes ces alternatives au pétrole dépendent de machines marchant au pétrole ou requièrent des matériaux à base de pétrole comme les plastiques.

À propos d’extraordinaires nouveaux carburants et d’inventions, posons-nous ces questions :

  • L’avancement tient-il la route du point de vue économique ?
  • Qu’elle est la densité énergétique du carburant ?
  • Est-il facile à stocker et à distribuer ?
  • La source est-elle intermittente ou non ?
  • Est-ce utilisable à grande échelle ?
  • La mise en œuvre technique pose-t-elle des difficultés ?
  • Quel est l’EROEI ?
  • Quels sont les impacts environnementaux ?

Ne nous laissons pas impressionner par les chiffres.

Par exemple, un milliard de barils de pétrole ne va fournir la demande mondiale que durant 12 jours !

Remplacer les combustibles fossiles serait un défi monumental.

En 2007, l’électricité étatsunienne était produite comme suit :

48,5 % à partir de charbon,
21,6 % à partir du gaz naturel,
19,4 % venait du nucléaire,
5,8 % venait des barrages,
2,5 % venaient des autres énergies renouvelables,
1,6 % était fourni par le pétrole.

Peut-on remplacer un système basé sur les combustibles fossiles par un patchwork d’énergies renouvelables ?

Des avancées techniques sont nécessaires, de même que la volonté politique et la coopération, des investissements massifs, un consensus mondial, une réaffectation des 34 mille milliards de l’économie mondiale, dont les transports, les industries manufacturières et l’agriculture.

Ainsi que des fonctionnaires compétents pour gérer la transition. Si ces conditions sont réunies, peut-on conserver notre mode de vie actuel ?

 

 

III. LA CROISSANCE

La population de bactéries vivant dans une bouteille double toutes les minutes. À 11 heures, il y a une bactérie. À 12 heures, la bouteille est pleine ! À 11 h 59, la bouteille est à demi-pleine laissant juste l’espace nécessaire pour un seul dédoublement de plus.

Les bactéries sentant le danger cherchent de nouvelles bouteilles et en trouvent trois. Elles pensent avoir réglé leur problème…

À midi, la première bouteille est pleine. À midi et une minute, la seconde est pleine. À midi et deux minutes les quatre bouteilles sont pleines !

C’est le problème devant lequel nous sommes confrontés. Il résulte du doublement répété de la croissance exponentielle.

L’utilisation du charbon et du pétrole comme carburants a entrainé l’humanité dans une croissance sans précédent.

Même un taux de croissance faible finit par entraîner une forte augmentation. Avec un taux de croissance de 1%, une économie double en 70 ans; 2 % en 35 ans, 10% en seulement 7 ans. Si l’économie croît au taux de 3%, elle double tous les 23 ans. À chaque doublement, la demande en énergie et en ressources dépasse le cumul de tous les doublements précédents.

Le système financier est construit sur l’hypothèse de la croissance; ce qui requiert toujours plus d’énergie pour la soutenir. Les banques prêtent l’argent qu’elles n’ont pas; ce faisant elles le créent. Les emprunteurs utilisent ce nouvel argent d’endettement pour faire croître leur entreprise et rembourser la dette avec un intérêt, ce qui requiert encore plus de croissance.

En raison de la création de monnaie, l’essentiel de l’argent en circulation correspond à une dette avec des intérêts à la clé.

Sans l’apport continu de nouvelles générations d’emprunteurs, pour produire de la croissance et payer sa dette, l’économie mondiale s’effondrerait.

Comme une chaîne de Ponzi, le système doit croître ou mourir.

En partie à cause de ce principe de la dette, les effets de la croissance économique ont été spectaculaires sur le PIB (Produit Intérieur Brut), les barrages, les cours d’eau, la consommation d’eau, la consommation d’engrais, la population urbaine, la consommation de papier, le nombre de véhicules motorisés, les communications et le tourisme.

La population mondiale a atteint les sept milliards et devrait dépasser les neuf milliards en 2050. Sur une planète plane et infinie, ce ne serait pas un problème. Cependant la Terre étant ronde et finie, nous devrons faire face aux limites de la croissance.

La croissance a entraîné une surconcentration en oxydes nitreux et en méthane dans l’atmosphère.

La destruction de la couche d’ozone, l’augmentation des fortes inondations, la destruction des écosystèmes marins et conduits par l’excès d’azote présent dans les eaux de ruissellement, la déforestation, l’augmentation de la surface terrestre occupée par l’Humanité, l’extinction de nombreuses espèces.

Mettons un unique grain de riz sur la première case d’un échiquier, doublons ce nombre sur la seconde case, doublons encore et mettons quatre grains sur la troisième, doublons à nouveau et mettons huit grains sur la quatrième continuant ainsi de déposer sur chaque case le double de grains de la case précédente; le nombre de grains à déposer sur la dernière case est astronomique :

9 trillions 223 billiards 372 billions 36 milliards 854 millions 776 mille grains de riz.
Soit, plus de grains que l’espèce humaine en ait produits au cours des 10 000 dernières années. Les économies modernes, comme les grains sur l’échiquier doublent toutes les quelques décennies. Sur quelle case sommes-nous aujourd’hui ?

En plus de l’énergie, notre civilisation exige de nombreuses ressources essentielles : de l’eau douce, de l’humus, de la nourriture, des forêts, de nombreux métaux et minéraux.

La croissance est limitée par la ressource essentielle la moins disponible.

Un tonneau est un assemblage de douelles (une douelle est une pièce en bois de chêne qui forme avec d’autres la paroi des tonneaux. Elles font environ 90 cm de long pour une largeur de 5 à 10 cm); comme l’eau remplissant un tonneau, la croissance ne peut dépasser la douelle la plus courte; c’est-à-dire la ressource essentielle la plus limitée.

L’espèce humaine accapare environ 40% de la production de la photosynthèse terrestre (processus bioénergétique qui permet aux plantes, aux algues et à certaines bactéries, dites photo autotrophes, de synthétiser de la matière organique en utilisant la lumière du soleil). Même si nous pouvions en utiliser 80%, il nous serait impossible d’en utiliser 100%.

 

 

IV. L’ALIMENTATION

L’approvisionnement alimentaire mondial repose sur les énergies fossiles.

Avant la première guerre mondiale (1914 – 1918), toute l’agriculture était biologique. Suite à l’invention de l’engrais par Justus Franz Liebig et de pesticides dérivés du pétrole, la production agricole à l’hectare a fortement augmenté, entraînant l’augmentation de la population.

L’utilisation des engrais artificiels a nourri bien plus de personnes qu’il aurait été possible d’en nourrir avec l’agriculture biologique seule.

Les combustibles fossiles sont devenus nécessaires pour les travaux de la ferme, le transport, la production, l’emballage (en plastique), la cuisson.

L’agriculture moderne utilise des combustibles fossiles pour transformer la terre en nourriture et la nourriture en population.

Environ sept calories de combustibles fossiles sont utilisées pour produire une calorie alimentaire.

Au Canada, comme aux États-Unis, la nourriture parcourt en moyenne quelque 2500 km depuis la ferme jusqu’au consommateur.

En plus de la déplétion des carburants fossiles, d’autres menaces pèsent sur la production alimentaire. Une énergie peu coûteuse, de meilleures techniques et des subventions ont entraîné une importante surpêche.

Les prélèvements mondiaux de poissons ont atteint un pic à la fin des années 1980, forçant les pêcheurs à pêcher en eaux profondes.

L’excès d’azote des engrais fabriqués à partir de combustibles fossiles a empoisonné les rivières et les mers et rendu d’énormes zones mortes. À ce rythme, toutes les populations de poissons devraient s’effondrer d’ici 2048.

Villes et industries sont les sources de pluies acides qui vident le sol de ses nutriments essentiels tels que le potassium, le calcium, le magnésium.

Une autre menace est le manque d’eau. De nombreuses fermes pompent l’eau sous-terraine pour l’irrigation de leurs terres.

Un aquifère demande plusieurs milliers d’années pour se remplir, mais il peut être asséché en quelques décennies, tout comme le deviennent les puits de pétrole.

Au centre des États-Unis, l’aquifère géant d’Ogallala a atteint un niveau si bas que de nombreux agriculteurs ont dû revenir à une agriculture sèche moins productive.

De plus, l’irrigation et l’utilisation d’engrais peuvent entraîner la salinisation (l’accumulation de sel dans le sol). C’est une cause majeure de la désertification.

Une autre menace est la perte d’humus. Il y a 200 ans, il y avait une couche de 1,8 m d’épaisseur dans les terres cultivables. En raison de pratiques inappropriées, la moitié de la couche a disparu.

L’irrigation favorise l’apparition et le développement de la rouille noire. Ce champignon pourrait détruire 80% de la récolte de céréales dans le monde. Selon l’agronome Norman Borlang, le père de la Révolution verte, la rouille noire a un énorme potentiel de destruction sociale.

L’utilisation d’agro-carburants signifie que moins de terres seront disponibles pour l’agriculture nourricière.

Toute surface a une capacité de charge limitée; c’est le nombre d’animaux et d’humains qui peuvent y vivre indéfiniment. Si une espèce dépasse la capacité de charge de cette surface, le nombre d’individus disparaîtra jusqu’à revenir à sa limite de capacité naturelle.

Mais l’espèce humaine a écarté cet obstacle en exploitant de nouvelles terres, en augmentant la production à l’hectare avec les énergies fossiles.

Poursuivre la croissance exige plus de ressources que ce que la Terre peut fournir; mais une deuxième planète n’est pas disponible.

En plus de tous ces défis de croissance, d’ici 2050 la production alimentaire devra doubler pour nourrir une population mondiale croissante. Aujourd’hui, un milliards de personnes sont déjà sous- alimentées.

À l’avenir, avec une production de pétrole et de gaz en déclin, nourrir neuf milliards de personnes sera une gageure de taille.

 

 

V. L’ÉCONOMIE MONDIALE

L’économie mondiale croît exponentiellement de 3% par an, consommant toujours plus de carburants non renouvelables, de minéraux, de métaux. Même chose pour les énergies renouvelables : l’eau, le sol, la forêt, les poissons… qui sont consommées plus vite qu’elles ne se renouvellent.

Même à un taux de croissance de 1 %, l’économie aura doublé dans 70 ans.

D’autres facteurs aggravent le problème. La mondialisation permet aux gens d’acheter des biens et de la nourriture produits à l’autre bout du monde. Les lignes d’approvisionnement sont longues et mettent encore plus de pression sur les ressources fossiles limitées.

Nous dépendons de pays lointains pour nos produits de première nécessité. Les villes modernes sont dépendantes des carburants fossiles. L’essentiel du système bancaire repose sur la dette, entraînant les gens dans une spirale de prêts-remboursements qui engendrent de la croissance.

Que faire face à tous ces problèmes ?

Beaucoup croient que la crise peut être évitée par l’économie d’énergies, la technique, la croissance intelligente, le recyclage, les voitures électriques ou hybrides, la substitution de produits.

Certes, l’économie nous fera gagner de l’argent, mais elle ne parviendra pas à sauver la planète.

La diminution de la demande d’un produit réduira les prix permettant à d’autres de l’acheter à moindre coût. De la même façon, un moteur plus efficace, utilisant moins d’énergie va paradoxalement entraîner une hausse de l’utilisation de l’énergie.

Au 19 ième siècle, l’économiste anglais William Stanley Jevons observa que de meilleures machines à vapeur ont fait du charbon une source d’énergie plus intéressante, entraînant une hausse du nombre de ces machines et donc une plus grande consommation de charbon.

La croissance de l’utilisation consomme toute économie d’énergie économisée.

Beaucoup de gens croient que les scientifiques vont régler les problèmes des nouvelles techniques. Toutefois, la technique n’est pas de l’énergie, la technique peut transformer de l’énergie en travail mais elle ne peut la remplacer. La technique, elle aussi, consomme des ressources. Par exemple, fabriquer un ordinateur nécessite un dixième de l’énergie requise pour fabriquer une voiture.

La technologie peut aggraver la situation car beaucoup nécessitent des métaux rares (n) dont, aussi, on verra la fin du stock. Par exemple, 95% des terres rares de la planète sont extraits en Chine dans une seule mine de la Mongolie intérieure.

Ces métaux sont utilisés dans les pots catalytiques, les moteurs d’avion, les disques durs, les aimants ultra-performants, les batteries pour les voitures hybrides, les lasers, les générateurs d’ondes, les disques compacts, les moteurs de véhicules hybrides, les lampes à basse énergie, les fibres optiques, les écrans plats, etc.

La Chine envisage de restreindre l’exportation de ces minéraux en raison de la hausse de la demande.

La voie du développement durable est une illusion car elle aussi fait appel aux minéraux non renouvelables, aux terres rares y compris.

Le recyclage ne résoudra pas le problème car il demande de l’énergie, le processus n’est pas efficace à 100% : on ne peut récupérer qu’une fraction des matières recyclées. Une grande partie est perdue à jamais comme déchets.

Les voitures électriques nécessitent de l’électricité. Comme la plupart de l’électricité, dans le monde, est tirée d’énergies fossiles, ce n’est pas une solution valide à 100%.

Ces voitures utilisent malgré tout des énergies fossiles, ne serait-ce que pour les pneus. Chaque pneu nécessite 25 litres de pétrole.

En 2010, il y avait environ huit cents millions de voitures dans le monde. Au rythme de croissance actuel, ce nombre devrait atteindre deux milliards en 2025. Il est peu probable que la planète puisse supporter autant de véhicules quelle que soit la source d’énergie !

De nombreux économistes croient que le marché libre va substituer une énergie à une autre grâce à l’innovation technique. Toutefois, les principaux substituts aux fossiles n’échappent pas aux limites. De plus, quitter une technologie et passer à une autre nécessite du temps.

Le rapport Robert L. Hirsch du département américain à l’énergie estime qu’il faut au moins deux décennies pour se préparer aux effets du pic pétrolier, notamment.

Le problème du manque d’énergie, de l’épuisement des ressources, de la perte d’humus, de la pollution sont tous des symptômes d’un unique problème plus fondamental : la croissance.

Tant que le système économique demandera une croissance infinie, une réforme sera impossible !

Alors, de quoi le Futur sera-t-il fait ?

Les optimistes croient que la croissance durera indéfiniment, sans limite. Les pessimistes pensent que nous allons vers un nouvel «Âge de pierre» ou l’extinction. La vérité est peut-être entre les deux extrêmes.

Il est possible que la société retourne à un état plus simple dans lequel la consommation énergétique serait bien moindre.

Cela diminuerait le mode de vie pour nombre de gens; il y aurait plus de travail manuel, de travail agricole, de production locale de biens, de nourriture et de services.

Comment se préparer à un tel futur éventuel ? Il faut s’attendre à moins de fournitures venant de loin, Il faudra redécouvrir la marche ou le vélo, s’habituer à utiliser moins d’électricité, se débarrasser de ses dettes, éviter les banques, court-circuiter la grande distribution, soutenir les entreprises locales, acheter ses aliments aux producteurs locaux, remplacer sa pelouse par un potager, apprendre à conserver ses aliments, envisager l’utilisation de «monnaie locale» au cas où le système économique s’écroulerait et se développer une plus grande autosuffisance.

Ces mesures ne permettront pas d’éviter un effondrement, mais elles amélioreront nos chances dans un futur duquel l’énergie sera comptée, nous obligeant à devenir plus autonomes comme l’étaient nos ancêtres.


Information et documentation sur le site http://sansLendemain.mpOC.beTitre original étatsunien : «There’s no tomorrow». Réalisation : Dermot O’ Connor (35 minutes, 2012). Incubatepictures.comSource pdf